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Réglementation relative aux notations ESG entre le droit européen et sa transposition nationale : Règlement (UE) 2024/3005 et modifications apportées au TUF

Date de publication :

7 juillet 2026

La structure du marché des notations ESG a été profondément redéfinie par le règlement (UE) 2024/3005 du Parlement européen et du Conseil relatif à la transparence et à l’intégrité des évaluations environnementales, sociales et de gouvernance, modifiant les règlements (UE) 2019/2088 et (UE) 2023/2859. Publié au Journal officiel de l’Union européenne le 12 décembre 2024 et entrant en vigueur le 1er janvier 2025, ce règlement instaure des règles complètes et directement applicables aux notations ESG, pleinement opérationnelles à compter du 2 juillet 2026. Cette mesure concerne un domaine désormais central pour la finance durable et l’allocation efficace des capitaux, car ces évaluations ont un impact sur les décisions d’investissement, les stratégies des émetteurs, la gestion des risques et les obligations de publication.


Une notation ESG, comprise comme une évaluation, un score ou une combinaison de critères ESG, vise à représenter le profil de durabilité d'une entreprise ou d'un instrument financier et a acquis une fonction informative qui dépasse la simple importance en matière de réputation. En effet, elle influence la perception du marché quant à l'exposition d'une entité aux risques et opportunités environnementaux, sociaux et de gouvernance, impactant ainsi l'accès au capital et la fiabilité des déclarations de durabilité. Cette pertinence systémique a nécessité une intervention réglementaire afin de remédier aux principales lacunes du secteur : l'hétérogénéité méthodologique, la faible vérifiabilité des critères de mesure et les conflits d'intérêts liés à la fourniture simultanée de services de notation et de conseil par les prestataires.


Le législateur européen n'a imposé ni modèle méthodologique unique, ni standardisation préalable des évaluations de durabilité. Le règlement préserve la pluralité des approches d'évaluation, tout en les soumettant à des garanties communes et à des exigences de transparence renforcées concernant les sources d'information, les modèles, les hypothèses méthodologiques, les critères d'agrégation des facteurs ESG et les modifications apportées aux processus décisionnels. L'objectif est de rendre le processus d'évaluation compréhensible, permettant ainsi aux investisseurs, aux intermédiaires et aux émetteurs de mener une analyse plus approfondie de la fiabilité de l'évaluation acquise ou utilisée.


Sur le plan opérationnel, le règlement exige que les fournisseurs de notation ESG établis dans l'Union obtiennent une autorisation préalable et soient enregistrés auprès de l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), autorité de surveillance directe du secteur et titulaire du registre public des entités agréées. Le régime transitoire permet aux fournisseurs existants de notifier leur intention de poursuivre leurs activités dans l'Union et, dans l'attente de leur autorisation, d'être temporairement inscrits au registre. Pour les fournisseurs de plus petite taille, un régime proportionné est prévu, visant à ne pas restreindre leur accès au marché. Il en résulte un contrôle public qui s'étend au-delà de la phase d'entrée sur le marché, à travers des obligations de publication, des exigences organisationnelles et des pouvoirs de surveillance.


Un régime similaire et rigoureux est réservé aux fournisseurs établis dans des pays tiers, dont l'accès au marché unique reste soumis à des mécanismes d'agrément (approbation), à une reconnaissance ou à une décision d'équivalence préalable de la Commission européenne. Cette approche vise à éviter l'arbitrage réglementaire et à garantir que seules les notations assorties de garanties substantiellement comparables soient disponibles sur le marché européen. Le principe de séparation des activités commerciales demeure fondamental, préservant l'indépendance du jugement grâce à des exigences organisationnelles conçues pour prévenir toute ingérence, influence économique et contamination liées à des intérêts commerciaux ou de conseil imputables à l'entité évaluée, ainsi qu'à l'interdiction de cumuler les services de notation et de conseil.


La transparence exigée par la réglementation concerne non seulement l'organisation des fournisseurs, mais aussi le contenu des produits de notation. Les normes techniques réglementaires élaborées en 2026 précisent les éléments minimaux à divulguer au public, aux utilisateurs de notations ESG, aux entités notées et aux émetteurs des instruments soumis à la notation : les risques et impacts pris en compte, le traitement de la double matérialité, le cas échéant, les facteurs ESG agrégés ou mesurés séparément, ainsi que les limites liées aux sources d'information ou aux méthodologies utilisées. La divulgation remplit ainsi une fonction essentielle de vérifiabilité, réduisant l'opacité des notations et rendant les produits comparables. Tout en étant méthodologiquement indépendantes, les notations doivent être compréhensibles quant à leurs hypothèses fondamentales.


Le même cadre réglementaire s'applique à la communication de marché des opérateurs financiers soumis au SFDR. Si des acteurs des marchés financiers ou des conseillers financiers utilisent et divulguent une notation ESG à des tiers dans leurs communications commerciales, ils doivent mettre à disposition sur leur site internet les informations requises par la réglementation et inclure un lien vers les publications pertinentes. Cette disposition contribue à renforcer la protection des investisseurs en empêchant l'utilisation des notations comme simple outil promotionnel, déconnecté du cadre méthodologique nécessaire. La mesure vise également à lutter contre l'écoblanchiment et le social washing, c'est-à-dire l'instrumentalisation des préoccupations environnementales ou sociales à des fins de réputation, en l'absence de preuves concrètes ou d'engagement effectif.


Malgré une structure de supervision centralisant les fonctions d'inspection et de sanction au sein de l'ESMA, le règlement a fixé au 2 avril 2026 la date limite pour que les États membres désignent leurs autorités nationales compétentes respectives, élément clé de la coopération transfrontalière. Au niveau national, cette adaptation a été mise en œuvre dans le projet de décret législatif approuvé pour examen préliminaire par le Conseil des ministres le 10 juin 2026, conformément à la loi européenne sur la délégation de pouvoirs, puis soumis à l'avis parlementaire requis. Cette mesure modifie la loi consolidée sur les finances (TUF) afin d'aligner le système interne sur le règlement (UE) 2024/3005 et d'introduire des dispositions complémentaires et correctives par rapport au décret législatif n° 47 du 27 mars 2026. La principale modification consiste en l'insertion du nouvel article 4 bis.1 de la TUF, qui désigne la CONSOB comme l'autorité nationale compétente au sens de l'article 30 du règlement européen.


D’un point de vue systémique, cette désignation n’entraîne pas la création d’une législation nationale parallèle et ne confère pas à l’ESMA des pouvoirs précédemment dévolus à l’UE. La supervision des agences de notation ESG demeure la responsabilité de l’autorité européenne ; la CONSOB est chargée de la surveillance nationale, de la coopération institutionnelle et de la coordination avec l’ESMA, conformément à ses responsabilités actuelles en matière de marchés, d’émetteurs, d’intermédiaires et de protection des investisseurs. Le décret d’adaptation assume ainsi un rôle réglementaire, intégrant dans la loi consolidée sur la finance les dispositions nécessaires à la mise en œuvre du cadre européen en Italie, évitant les chevauchements et assurant la continuité de la supervision transfrontalière.


Enfin, le texte comprend des mesures correctives et de coordination relatives à la Loi consolidée sur les finances (TUF) et au Code civil, visant à corriger les coquilles, les erreurs matérielles et les renvois non conformes au décret législatif n° 47 de 2026. Bien que d’apparence technique, ces modifications sont essentielles dans un secteur où la clarté des références réglementaires et l’exactitude du libellé sont indispensables à la sécurité juridique et à la bonne application des règles. Ce texte rétablit la cohérence formelle et fonctionnelle de la réglementation des marchés financiers et des sociétés, réduisant ainsi les risques d’incertitudes d’interprétation au sein du système.


Globalement, l'architecture définie par le règlement (UE) 2024/3005 et la modification connexe de la loi consolidée sur la finance (TUF) marquent une évolution structurelle pour la finance durable en Europe. La réforme n'impose pas de normalisation juridique aux notations ESG, mais exige qu'elles soient produites, diffusées et utilisées dans un cadre de transparence, d'indépendance et de responsabilité. Ceci renforce la fiabilité des informations relatives à la durabilité, ce qui profite aux investisseurs et aux entreprises.


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